Arnaud Le Gall

10juillet 2026

« Pax silica », nouvelle étape de la vassalisation de l’Europe par les États-Unis

Le 25 juin dernier l’Union européenne a signé en catimini la déclaration « Pax Silica » initiée par les Etats-Unis.

Qu’est-ce que « Pax Silica » ? Une coalition formée par et pour les États-Unis. Elle vise à consolider les chaînes d’approvisionnement en minerais, puces électroniques, et autres composants essentiels de leur industrie numérique. En s’appuyant sur un réseau de pays dits « alliés », les États-Unis entendent sécuriser leur accès aux matériaux comme aux marchés. Cette nouvelle alliance s’inscrit dans l’intensification de la compétition Etats-Unis / Chine dans le domaine de l’intelligence artificielle, et plus globalement dans la guerre menée par les États-Unis pour le contrôle des infrastructures du capitalisme global.

Sous couvert de « coopération » et de « coordination », il s’agit d’un nouveau carcan impérial, comme l’indique d’ailleurs le nom « Pax Silica », adaptation à l’industrie numérique (silica renvoie à la silice, composant essentiel des puces électroniques) des notions impériales de « pax romana » ou « pax americana ».

Dirigée non seulement contre la Chine, mais aussi contre toute velléité d’indépendance numérique des États (européens notamment), l’initiative vise à arrimer un maximum de pays à Washington en accentuant leur soumission aux intérêts de la Tech américaine. Officiellement, chacun est libre de commercer avec qui il veut. Dans la réalité, les pays membres de cette coalition acceptent de se plier aux conditions des États-Unis ; sans quoi ils encourent des sanctions unilatérales de Washington. Par exemple, la signature par les Pays-Bas de l’initiative « Pax Silica » assure à l’industrie numérique états-unienne un monopole sur l’usage des machines de l’entreprise néerlandaise ASML, indispensables à la production de semi-conducteurs de dernière génération utilisés dans l’IA générative.

Adhérer à la « Pax Silica », c’est donc accepter la logique de « bloc contre bloc » que les États-Unis veulent imposer à leurs vassaux. Au prétexte de concurrencer la Chine, les Etats-Unis renforcent la sujétion logistique, productive, commerciale, et in fine militaire, de leurs « alliés ».

Dans les discours, l’Union européenne prétend renforcer l’autonomie stratégique européenne, notamment vis-à-vis de Washington. Dans les actes concrets, elle a comme d’habitude capitulé face aux exigences états-uniennes. L’UE consent aujourd’hui à être la colonie numérique des États-Unis.

Si nous sommes au pouvoir en 2027, nous réunirons les conditions de notre indépendance numérique. Le non-alignement sur la logique de bloc impérial en est une condition.