Arnaud Le Gall

08mai 2026

Discours du 8 mai 2026 à Vémars pour la commémoration de la Victoire du 8 mai 1945

Rejeter le fascisme, œuvrer pour l’égalité, construire la paix

Discours prononcé le 8 mai 2026 à Vémars,

pour la commémoration de la Victoire du 8 mai 1945

Voilà 81 ans, l’Allemagne nazie capitulait, et la guerre prenait fin, du moins en Europe. Trois mois plus tard, le Japon rendait à son tour les armes. L’heure était venue de compter les morts : 60 à 70 millions, dont 50 millions de civils.

La saignée avait été terrible. Mais le fascisme était vaincu.

Il l’était grâce aux efforts et aux sacrifices combinés du Royaume Uni, des États-Unis, du Canada, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, etc…

Grâce aussi à la contribution, immense et décisive, de l’Armée rouge et du peuple russe, qu’il serait injuste d’oublier ou d’effacer en raison de l’histoire présente.

Dans la cohorte des combattants qui ont défait le fascisme, il y avait quantité de Français. Français par la nationalité ou Français de cœur – je pense notamment aux combattants de la MOI. Les soldats de la France libre, ralliés au général de Gaulle. Les combattants de l’ombre, les résistants de l’intérieur – de tous horizons, de toutes opinions, de toutes confessions. [Et aussi les nombreux Français qui, sans prendre les armes, sans rejoindre formellement la Résistance, ont su, au quotidien, s’opposer à la machine d’oppression, l’affaiblir ou la freiner, par leur silence, leurs refus infimes, leurs petites désobéissances, leurs initiatives individuelles, qui faisaient dérailler telle ou telle opération de l’occupant.

Aujourd’hui, nous rendons hommage à tous ces combattants de France et de l’étranger, de l’Est comme de l’Ouest.

Mais il ne suffit pas de les invoquer ou de les honorer. Il faut être dignes d’eux. Méditer leur leçon, leur exemple, pour régler notre conduite aujourd’hui. Il faut que notre engagement prolonge le leur.

*

Le combat antifasciste, ce n’est pas seulement la victoire d’un pays contre un autre. C’est d’abord le refus de la haine raciste, de la frénésie identitaire, et de l’autoritarisme comme solution à tous les problèmes sociaux et économiques.

Les régimes fascistes étaient des machines à diviser, à exclure, à réprimer, à persécuter, et pour finir à exterminer. Ils étaient fondés à la fois sur la haine de l’autre et sur le culte de la force. Les combattants antifascistes, victorieux en 1945, pensaient avoir balayé ces formules politiques rétrogrades et barbares. Mais aujourd’hui, nous les voyons resurgir partout. Partout, nous retrouvons la régression identitaire, la stigmatisation de l’étranger au dehors ou au-dedans, la tentation autoritaire, la mise en cause des libertés civiles… Pas seulement chez M. Poutine ou M. Trump. Aussi chez nous.

Commémorer vraiment la victoire de 1945, c’est ne pas consentir à ce retour en arrière. C’est ne pas laisser faire.

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Se souvenir de 1945, c’est aussi se rappeler que les forces de la Résistance ne se sont pas contenté de libérer les pays. Elles ont voulu reconstruire la société sur des bases plus égalitaires, plus justes. Il fallait créer des institutions qui rendent la vie meilleure, elles l’ont fait. Des institutions qui libèrent les individus, leur donnent une meilleure maîtrise de leur existence ; qui fassent primer l’intérêt général sur les intérêts particuliers.

En France, c’est le programme du Conseil national de la Résistance, qui réclamait « l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale », « l’éviction des grandes féodalités financières » (notamment du contrôle des médias), « une organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général »… Vous le savez, c’est le moment de la création du système de l’assurance sociale, entre autre de la Sécurité sociale, ce trésor national commun. Or depuis plusieurs décennies, les institutions issues de ce programme sont attaquées, fragilisées, dévoyées.

Si nous prenons au sérieux l’esprit de 1945, alors nous devons faire nôtre l’exigence d’égalité qui prévalait alors. Nous devons défendre les « acquis sociaux », mais aussi construire de nouvelles institutions, de nouvelles régulations, œuvrer en faveur de la solidarité et de l’égalité, [conditions sociales de la liberté et de la souveraineté des individus]. Ce qui veut dire, pour la famille politique à laquelle j’appartiens, aller contre le mouvement naturel du capitalisme qui repose sur la compétition de tous contre tous, y compris quand cette compétition implique la guerre.

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Enfin, les combattants qui ont vaincu le fascisme ont voulu, après les ravages de la Deuxième Guerre mondiale, prémunir les peuples contre la guerre. Ils ont voulu créer une architecture internationale reposant sur le droit, des règles partagées, des procédures communes, et un esprit de coopération. Ainsi est née l’ONU. Ainsi s’est développé, étendu, le système juridique international.

Cela, bien sûr, n’a pas empêché la guerre. Mais c’était un cadre. Il créait des obligations, jugulait certaines passions destructrices, assignait des responsabilités, permettait des échanges, des compromis, des réparations… Aujourd’hui, ce cadre international est l’objet d’attaques sans précédent. Les grandes puissances le remettent en question – à commencer par les Etats-Unis, qui, en tant que 1ere puissance mondiale, devraient en être les principaux garants – soit qu’elles violent ouvertement le droit international, soit qu’elles le laissent piétiner sans rien dire. Les institutions onusiennes sont mises à mal, et même menacées de disparition. Non seulement la guerre est partout – à Gaza, au Liban, en Iran, en Ukraine, au Soudan, en République démocratique du Congo…etc. –, mais il semble qu’elle soit devenue le moyen « normal » de règlement des différends politiques. Nous ne pouvons l’accepter. Un autre monde est possible que celui où tout le monde s’arme contre tout le monde jusqu’à la catastrophe. Un autre monde est possible que celui où une ultra-minorité fait des profits immenses sur la guerre (comme on l’observe en ce moment avec le prix des carburants qu’ils suffirait pourtant de bloquer comme la loi l’autorise…).

Être fidèle à l’esprit de 1945, c’est donc mener, encore et toujours, le combat pour la paix. Qui est indissociable du combat pour le respect du droit international, le multilatéralisme et la coopération.

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Rejeter le fascisme et ses lubies mortifères ; œuvrer en faveur de l’égalité sociale ; défendre et construire la paix. Voilà le programme que, dans le souvenir des luttes et des victoires de 1945, nous devons nous fixer. C’est, au fond, un programme de résistance à « l’ordre cannibale du monde », à cette loi selon laquelle les plus forts devraient toujours l’emporter sur les plus faibles.

Sur cette nécessaire résistance, je terminerai en citant François Mauriac, habitant de Vémars, où il repose… En pleine occupation, dans son Cahier noir, Mauriac écrivait cette profession de foi, que je fais mienne : « Nous sommes de ceux qui croient que l’homme échappe à la loi de l’entre-dévorement, et non seulement qu’il y échappe, mais que toute sa dignité tient dans la Résistance qu’il lui oppose de tout son cœur et de tout son esprit ».

Vive la République, vive la paix, vive la France.

Je vous remercie.