23juin 2026
đïž Marc Bloch et Simonne Vidal entrent au PanthĂ©on
Grand historien, grand rĂ©publicain, grand rĂ©sistant, Marc Bloch mĂ©ritait amplement cet honneur. Tout comme sa compagne Simonne Vidal, qui lâa soutenue dans toutes les Ă©tapes de sa vie.
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Contrairement Ă ce que certains veulent faire croire, Marc Bloch nâĂ©tait pas un homme du « juste milieu ». Socialiste dans sa jeunesse, il sâengagea publiquement dans les annĂ©es 1930 contre le fascisme, reconnut l’importance et la lĂ©gitimitĂ© du Front populaire. En 1939, il demanda Ă sâengager dans lâarmĂ©e française en dĂ©pit de son Ăąge. Puis, refusant la dĂ©faite, son premier acte fut dâĂ©crire en tant que tĂ©moin engagĂ© un livre retraçant les causes de celles-ci, Ă©ditĂ© aprĂšs sa mort sous le titre lâĂtrange dĂ©faite. Puis il rejoignit la rĂ©sistance contre lâoccupant nazi, qui le fusilla le 16 juin 1944.
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En ces temps de nĂ©gation Ă grande Ă©chelle des faits historiques et du sens des mots, il nâest pas rare de voir des acteurs de lâextrĂȘme droite, et de ceux qui courent aprĂšs elle, reprendre les arguments de Vichy rejetant la responsabilitĂ© de la dĂ©faite sur le Front populaire, tout en citant le livre lâĂtrange DĂ©faite dont ils nâont pas dĂ©passĂ© le titre.
Ces gens « oublient » de dire que câest bien le Front populaire qui a engagĂ© le rĂ©armement de la France face Ă lâAllemagne nazie. Ils « oublient » de dire que les congĂ©s payĂ©s honnis nâavaient en rien « ramolli » un peuple toujours aussi prompt Ă dĂ©fendre la France face Ă lâenvahisseur.
100 000 soldats français ont Ă©tĂ© tuĂ©s entre mai et juin 1940. Ils ont infligĂ© 40 000 pertes Ă lâarmĂ©e nazie. Ces chiffres Ă eux seuls rappellent que les soldats de lâarmĂ©e française se sont battus avec acharnement. Mais la doctrine Ă©tait dĂ©passĂ©e. Face Ă un ennemi combinant dans un mĂȘme mouvement aviation, chars et infanterie extrĂȘmement mobiles, les chefs de lâarmĂ©e française ont opposĂ© une doctrine purement dĂ©fensive et statique totalement dĂ©passĂ©e.
Quant aux chefs politiques ayant plĂ©biscitĂ© lâarrivĂ©e de PĂ©tain et la capitulation, et au grand patronat français, ils avaient Ă quelques exceptions prĂšs, comme dĂ©nominateur commun de prĂ©fĂ©rer Hitler au Front Populaire.
LâĂtrange dĂ©faite est dâabord un rĂ©quisitoire contre la sclĂ©rose intellectuelle et doctrinale, contre lâĂ©goĂŻsme de classe et lâaveuglement des « élites » prĂȘtes Ă conduire un pays Ă lâabĂźme pour prĂ©server leurs privilĂšges et leurs certitudes.Â
InsĂ©parablement historien et combattant contre le nazisme, Marc Bloc aura Ă la fois Ă©tĂ© jusquâau sacrifice suprĂȘme, et aura fourni par son tĂ©moignage en forme dâhistoire immĂ©diate un matĂ©riaux essentiel Ă la comprĂ©hension des origines du dĂ©sastre de 1940.
« Un jour viendra, tĂŽt ou tard, jâen ai la ferme espĂ©rance, oĂč la France verra de nouveau sâĂ©panouir, sur son vieux sol bĂ©ni dĂ©jĂ de tant de moissons, la libertĂ© de pensĂ©e et de jugement. Alors les dossiers cachĂ©s sâouvriront ; les brumes [âŠ] se lĂšveront peu Ă peu ; et peut-ĂȘtre les chercheurs occupĂ©s Ă les percer trouveront-ils quelque profit Ă feuilleter, sâils le savent dĂ©couvrir, ce procĂšs-verbal de lâan 1940. », Ă©crivait-il alors.
Il faut lire ou relire Marc Bloch.