Arnaud Le Gall

11juin 2025

La santé mentale des jeunes doit vraiment être une priorité du gouvernement

🔴 L’horreur a encore frappé hier. Nous avons tous rendu hommage à la surveillante assassinée dans un collège par un élève de 14 ans. En avril, c’était une lycéenne poignardée à mort à Nantes. Ces drames bouleversent. Ils frappent l’École en plein cœur.

Mais surtout, ils obligent à trouver des solutions concrètes. Par-delà les délires confondant maladie et « barbarie ». Par-delà les battages médiatiques pseudo sécuritaires sur les portiques de sécurité ou autres autorisations de porter des armes pour se défendre. Voulons-nous que la France devienne les Etats-Unis, avec ses massacres réguliers dans les écoles ? Non.

Le coeur du sujet est bien celui de la santé mentale des jeunes, qui s’est fortement dégradée notamment depuis la pandémie et les confinements.

Depuis des années, médecins, enseignants, infirmières et travailleurs sociaux tirent la sonnette d’alarme. La France ne compte que 3300 psychologues de l’Education nationale et 900 médecins scolaires pour plus de 12 millions d’élèves. Soit un médecin pour près de 13 000 élèves et un Psy-EN pour 1500 élèves dans le second degré. Des chiffres indécents. Les effectifs d’infirmières sont à peine meilleurs : une pour environ 1 300 élèves en moyenne.

Dans l’est du Val-d’Oise, une infirmière me confiait récemment être seule pour suivre plus de 3 000 élèves sur plusieurs établissements. Elle a signalé cinq cas de tentatives de suicide chez des adolescents, sans qu’aucun n’ait pu être pris en charge en unité de psychiatrie adaptée, faute de place à l’hôpital.

Ce n’est pas un cas isolé. Les unités pédopsychiatriques d’Île-de-France sont débordées avec 23% des postes de psychiatres hospitaliers vacants en 2023, et des délais moyens supérieurs à 18 mois pour un rendez-vous en CMP (Centre Médico-Psychologique).

En 2023, 4900 lits d’hospitalisation complète ont fermé en France, 43 500 depuis 10 ans (Drees), dont une part importante en psychiatrie. Les pédopsychiatres sont en chute libre : leur nombre a diminué de 34 % entre 2010 et 2022, pour tomber à environ 2 000 praticiens en exercice. En Île-de-France, l’AP-HP ne dispose que de 102 lits en pédopsychiatrie pour toute la région.

La pédopsychiatrie publique est donc au bord de l’effondrement, alors qu’elle n’a jamais été aussi nécessaire.

Entre 2018 et 2021, les passages aux urgences pour des épisodes dépressifs ou des idées suicidaires ont augmenté de 23 % chez les 18-24 ans et de 58 % chez les 11-17 ans. Les consultations chez les 18-24 ans ont augmenté de 60 %. Dès 2021, la Défenseure des droits alertait sur le manque de moyens.

Le gouvernement prétend avoir fait de la santé mentales la grande cause nationale de 2025. Mais cet affichage sonne creux. Comment prétendre faire de la santé mentale une priorité sans commencer par remettre à flot les hôpitaux, revaloriser les métiers, rouvrir des lits et renforcer les équipes ?

Face à l’ampleur des besoins, il y a urgence : investissements publics, recrutements massifs, ouverture de lits, soutien aux professionnels scolaires et hospitaliers !

Il est impératif de faire de la santé mentale des jeunes une vraie priorité, et non un slogan.