Arnaud Le Gall

04février 2026

Intervention dans le cadre de la proposition de résolution européenne visant à rejeter le projet d’accord sur les droits de douane entre l’UE et les États-Unis

Tout dirigeant attaché à la préservation de notre indépendance doit rejeter l’accord commercial entre l’Europe et les Etats-Unis. Après les menaces d’annexion du Groenland, qui ne sont que suspendues, la procédure d’adoption de cet accord, brièvement gelé, aurait dû être purement et simplement annulée. On vient d’apprendre ce jour qu’elle est relancée. La servitude volontaire des dirigeants européens ne semble pas avoir de limite. Et elle vient de loin.

En 2018 déjà, Donald Trump déclarait, je cite : « Je pense que l’Union européenne est un ennemi, avec ce qu’ils nous font sur le commerce ». Cette même année 2018 voyait Emmanuel Macron, je cite également, proposer à Donald Trump de « réinventer le monde libre » avec lui. Le président se faisait alors le porte-voix des atlantistes zombies. J’entends par là ces dirigeants refusant, en dépit des évidences, de voir que les Etats-Unis ne sont pas nos alliés.

Cela n’a pas commencé avec Donald Trump. Pensons au renforcement des mesures protectionnistes directement dirigées contre l’Europe sous le mandat de Joe Biden. Nous vous avions alerté à l’époque. Mais le ministre Le Maire avait répondu « circulez, y a rien à voir ».

Et cela ne s’arrêtera pas avec Donald Trump. Par paresse intellectuelle, par affairisme, et par aveuglement sur les réalités des relations transatlantique, beaucoup, à commencer par les macronistes, ont vu en lui une sorte de clown affairiste ne répondant qu’à la flagornerie.

C’est oublier que, aussi détestable soit la vision du monde de Donald Trump, il en a une, cohérente. C’est celle du président d’extrême droite d’une puissance impériale espérant compenser, par sa suprématie militaire et l’embrigadement forcé de vassaux, la perte de sa suprématie économique au profit de la Chine. L’Union européenne, ectoplasme géopolitique, est vue comme un satellite. Raison pour laquelle l’administration de Donald Trump, pour laquelle les atlantistes tendance classique ne sont pas encore assez serviles, entend tout faire pour aider ses partenaires et amis d’extrême droite, au premier rang desquels le rassemblement national et ses alliés zemmouriste, à prendre le pouvoir ici.

Cela a été officialisé début décembre dans la « stratégie de sécurité nationale » étasunienne. Sans surprise. Quand à peine réélu Donald Trump a placé un drapeau étasunien sur le Groenland, certains y ont vu une simple provocation sans lendemain. Pas nous, nous alertions déjà par la voix de Jean-Luc Mélenchon. Quand le vice-président étasunien Vance a délivré en février dernier un discours de guerre idéologique à l’Union Européenne, le premier réflexe de la plupart des dirigeants européens, dont Emmanuel Macron, a été de chercher à contenter le nouveau chef de l’Empire.

C’est pourquoi la présidente de la commission européenne Ursula Von Der Layen a dealé en juillet dernier avec Donald Trump cette capitulation de l’Europe face aux Etats-Unis. Oui, cette capitulation, car cet accord ne mérité pas le nom d’accord. C’est une entente, asymétrique, entre un vassal et son suzerain. Le seigneur, M. Trump, a exigé. Le vassal a tout accordé, séance tenante.

Pour limiter les droits de douane sur la plupart des produits européens exportés aux Etats-Unis à 15% – en réalité 20% du fait de la faiblesse du dollar par rapport à l’euro, Von Der Layen a lâché sur tout le reste :

  • Promesse de 600 milliards d’euros d’investissements européens aux Etats-Unis, au moment où il faudrait au contraire relancer massivement les investissements productifs ici ;

  • 750 milliards d’euros pour acheter à prix d’or et au détriment de l’environnement des produits énergétiques étasunien, et notamment du gaz de schiste ;

  • Des dizaines de milliards d’achat de semi-conducteurs américains et autres produits liés à l’IA

  • Le démantèlement des régulations écologiques, sanitaires et sécuritaires qui pourraient freiner l’arrivée des produits étasuniens sur le marché européen. Une des raisons pour laquelle, sans que votre gouvernement n’y trouve rien à redire, l’objectif d’un cloud européen indépendant des seigneurs étasuniens du numérique a été abandonné. Raison aussi pour laquelle l’accord laisserait entrer en Europe des centaines de milliers de tonnes de noisettes traitées avec des pesticides interdits en France, dont l’acétamipride, cancérigène et dangereux pour le cerveau des enfants et le développement des fœtus.

Les oligarques européens et autres fonds d’investissement ont appuyé tout cela. Leur seul objectif est de continuer à s’engraisser en vendant au plus offrant. Comme vous l’aviez laissé faire pour Alstom, racheté plus tard non sans que les brevets soient tombés sous capital étasunien. Et comme vous l’avez laissé faire pour tant et tant d’entreprises stratégiques.

En amont de cette capitulation, les pays européens membre de l’OTAN membres avaient accepté sous les injonctions de Trump de consacrer 5% de leur PIB aux dépenses d’armement. Il s’agit d’un tribut à l’empire, puisque ces dépenses vont massivement gaver les carnets commandes de l’industrie étasunienne de l’armement. Ce qui est contraire à toute forme d’indépendance, les armes étasuniennes les plus sophistiquées pouvant être désactivées à distance si leur usage déplaît au pouvoir états-unien. Sans même aller jusque-là, il lui suffit de bloquer les livraisons de pièces de rechange. Cela ne vous a pas empêché d’autoriser, il y a quelques jours, la cession de LMB Aerospace, fabricant des pièces du Rafale, à un groupe américain.

L’accord signé par Mme Von der Leyen constitue une étape de plus sur cette route de la servitude. C’est pourquoi nous avions alors déposé une motion de censure contre Ursula Von Der Layen. Les macronistes ne l’ont pas votée. Les socialistes et M. Glucksmann non plus, d’ailleurs. De même, les macronistes ont rejeté cette PPRE en commission. Cela a le mérite de la clarté, ils soutiennent cet accord léonin, qui a encouragé M. Trump dans son offensive.

L’alternative est simple : souveraineté ou vassalisation. Entre autres exemples, répondons à Donald Trump par la taxation selon le chiffre d’affaires réel des GAFAM ; par l’interdiction des importations néfastes pour la santé et le vivant ; par le refus des rachats d’entreprises stratégiques ; par un plan d’investissements massifs pour assurer une souveraineté productive, alimentaire, industrielle et numérique.

Le contraire de ce que prévoit cet accord de la honte, qui ne doit être adopté sous aucun prétexte. C’est pourquoi nous voterons cette proposition de résolution.