Arnaud Le Gall

07juillet 2023

Les quartiers populaires « rapportent » à la nation plus qu’ils ne lui « coûtent » !

Depuis la semaine dernière beaucoup de commentateurs ou acteurs politiques ayant souvent comme objectif de diviser le peuple, entre bons et mauvais pauvres, villes et campagnes, blancs et non blancs etc., affirment que les banlieues et quartiers prioritaires sont inondés d’argent public sans contribution à l’économie. Pour eux, les « nuisibles » coûteraient un pognon de dingue. C’est un mensonge pur et simple.

Côté dépenses publiques, certains prétendent que l’investissement dans les banlieues, 100 milliards en 40 ans, est démesuré et que les quartiers vivent sous perfusion d’argent public. Mensonge : cela représente moins de 1% du budget de l’Etat et dans la majorité des domaines, l’Etat dépense beaucoup moins pour les habitants des quartiers populaires que pour les habitants des quartiers favorisés : http://www.institutmontaigne.org/publications/les-quartiers-pauvres-ont-un-avenir.

Par leur travail, les habitants des banlieues contribuent davantage à la solidarité nationale qu’ils ne reçoivent. Prenons l’exemple de la Seine-Saint-Denis : département le plus pauvre de France hexagonale, c’est pourtant le 8e département contributeur au financement de la protection sociale et celui qui reçoit le moins de protection sociale par habitant.

C’est le département dont les travailleurs ont généré le plus de richesse pour ceux qui y travaillent durant la dernière décennie, comme en témoigne l’augmentation de la masse salariale globale de près de 30 % en dix ans. Pourtant, ce sont « ses » quartiers qui souffrent le plus du sous-investissement public, chiffré à près d’un milliard d’euros annuels pour l’État. https://www.institutmontaigne.org/expressions/les-quartiers-pauvres-debat-manque-de-la-presidentielle

Les services publics sont délaissés, l’Etat sous-investit dans les domaines de l’éducation, de la justice ou encore de l’intérieur. L’accès à la santé est défaillant avec 2 fois moins de professionnels de santé pour 100 000 habitants, 40% des quartiers n’ont aucune crèche alors que le nombre de familles monoparentales y est plus élevé, il y a 40% de bibliothèque en moins par habitant ou encore 3 fois moins d’équipements sportifs…

Résultat : le taux de pauvreté dans les banlieues, où vit 7,5% de la population, est 3 fois plus élevé que dans le reste de la France. Le taux de chômage y est 2 fois plus élevé, 45% des jeunes n’y ont pas d’emploi et 40% n’ont aucun diplôme.

Certains instrumentalisent ces chiffres en prétendant que les jeunes refusent de travailler. La réalité ? La discrimination à l’embauche des jeunes de quartiers, tant liée à leur localisation qu’à leurs origines, est avérée et a été largement documentée dans de nombreuses études : https://www.cairn.info/revue-economique-2016-3-page-525.htm

On pourrait multiplier les exemples qui démontrent que non les quartiers populaires des banlieues ne vivent pas au crochet de la nation. On ne peut pas en dire autant des quartiers les plus riches du pays.