29août 2023
L’école mérite mieux qu’une polémique sur les abayas !
Retour à froid sur la minable tentative de Gabriel Attal, nouveau ministre de l’Education nationale, de ratisser à l’extrême-droite, sur fond de concurrence avec Gerald Darmanin.
Cette instrumentalisation politique ne vise par ailleurs qu’à détourner l’attention des vrais enjeux de l’école.
De quoi parle-t-on ? Il faut ramener ce débat à ses justes proportions. L’abaya, robe longue, n’est en soi pas un vêtement religieux. Point. Tout au plus, dans quelques rares cas, associé à des signes religieux ostentatoires, son usage est détourné et peut sembler porter atteinte à la laïcité.
Ces cas concerneraient 150 collèges/lycées (sur 10 000) soit 1.5% des établissements du secondaire. Et encore, il ne faut pas négliger la part de défi personnel, l’influence des réseaux sociaux ou encore le phénomène de mode… On est très très loin de l’ « hydre islamiste » que fantasment les réactionnaires de tous poils, de l’extrême centre macroniste à l’extrême droite.
La plupart du temps, ces cas particuliers se règlent par le dialogue et l’esprit des lois de 1905 et de 2004. Et il est plus à craindre que cette interdiction contribue au contraire à affaiblir le principe de laïcité qu’il ne maîtrise visiblement pas.
Ce soi-disant défenseur de la laïcité oublie par ailleurs que l’Etat dépense 8 milliards d’euros chaque année pour subventionner les écoles privées dont 95% sont catholiques. Olivier Veran l’affirmait hier : « L’école, c’est laïc ». Mais visiblement pas pour tout le monde…
Le ministre fait donc d’un phénomène marginal une menace pour la laïcité et la France tout entière. Sans nuance et sans hauteur de vue alors que le sujet l’exige, il va interdire de manière généralisée un vêtement qui n’est pas considéré comme religieux et apporter de l’eau au moulin des islamistes qui pointent la République et la laïcité comme des principes à abattre.
Si le réel objectif était de renforcer l’adhésion aux principes de la République, s’il s’agissait de faire société, alors le ministre se soucierait avant tout du délabrement de l’école publique et des injustices sociales face a l’éducation.
Car Gabriel Attal, par cette instrumentalisation, ne fait qu’allumer un contre-feu pour ne pas parler des graves problèmes de l’école. Dans une question écrite au gouvernement, à laquelle j’attends toujours une réponse, j’alertais dès juillet, comme de nombreux collègues, le gouvernement sur la pénurie d’enseignant•es et le nombre important de postes non pourvus aux concours 2023 des 1er et 2nd degré. Le vrai sujet est là : il manquera des enseignant•es formé•es devant les élèves à la rentrée, ce qui dégrade considérablement les conditions d’apprentissages depuis des années, particulièrement dans les quartiers populaires.
Et la situation ne va pas dans le sens d’une amélioration. La désertion du métier est massive, les démissions se multiplient et le gouvernement ne cesse d’accumuler les mensonges. La revalorisation « historique » de 10% des enseignant•es annoncée par Macron n’en était pas une : la majorité d’entre eux touchera moins de 100€, 525 000 enseignant•es ne seront augmenté•es que de 3.4%. Le pacte enseignant, rejeté par les syndicats et le corps enseignant, destiné principalement aux remplacements courte durée pour lequel l’ancien ministre annonçait, à grand renfort de communication, 30% de volontaires ne mobilise finalement qu’à peine 5% des enseignant•es. A la fin, des élèves seront toujours sans enseignant•es. Mais le débat, c’est l’abaya…
Et c’est sans compter la catastrophique réforme du baccalauréat, adoptée malgré l’opposition massive de toute la profession, sur laquelle Macron revient déjà 4 ans après son adoption, l’inique Parcoursup qui pénalise des milliers d’étudiant•es, la précarité grandissante des familles et des étudiant•es contraint•es de survivre grâce à l’aide alimentaire ou encore la future réforme des lycées professionnels qui va encore plus accroître les inégalités…
Cette polémique rance, c’est l’arbre qui cache la forêt du délabrement de l’éducation et de l’échec massif de la politique éducative de Macron. Nous attaquerons l’interdiction de l’abaya devant le Conseil d’Etat. A croire que l’objectif est la destruction de l’école publique, pilier de la République, pour élargir le marché privé de l’éducation en pleine explosion…
L’école et nos élèves méritent mieux que des instrumentalisations politiques odieuses !