Arnaud Le Gall

19janvier 2026

Discours sur la situation internationale – 19 janvier 2026

Discours débat 50.1 sur la situation internationale, 19 janvier 2026

Quand un chef d’État est kidnappé illégalement sur ordre du président de la première puissance militaire du monde, le rôle du président de la République Française est de dire non !

Quand Donald Trump annonce mettre sous tutelle coloniale le Venezuela et son pétrole, le rôle du président de la République Française est de dire non !

Oui, quand les fondements du système de sécurité collective bâti après la seconde guerre mondiale sont sapés, le rôle du président de la République Française, membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU, est de dire non !

Hélas, le 3 janvier Emmanuel Macron a une fois de plus tourné le dos au droit international et à notre indépendance diplomatique. Comme il l’a déjà fait entre autres par son inaction contre le génocide à Gaza. Sa réaction a tellement plu à Donald Trump que ce dernier l’a partagée. La honte.

Le kidnapping d’un chef d’État est pourtant une menace adressée au monde entier. Dès son forfait accompli, Donald Trump menaçait d’autres pays d’Amérique latine, et réitérait sa volonté d’annexer le Groenland.

Rien de surprenant. Il applique une doctrine officielle. Aussi détestable soit sa vision du monde, il en a une, cohérente. C’est celle du président d’extrême droite d’une puissance impériale pensant compenser, par sa suprématie militaire, la perte de sa suprématie économique au profit de la Chine.

Quittez vos lunettes atlantistes et prenez au sérieux la « stratégie de sécurité nationale » étasunienne. Les Etats-Unis se considèrent comme maîtres et possesseurs d’une partie du globe, « leur hémisphère ». Ils ne sont plus nos alliés.

Trump a déclaré que sa seule limite est sa propre morale. Cette morale qui le fait désigner l’Europe comme un vassal à rééduquer politiquement, en s’ingérant dans les élections au profit de l’extrême droite. Cette extrême droite qui dit en France, par la voix de Jordan Bardella : grâce à Trump un « vent de liberté, de fierté nationale souffle sur toutes les démocraties occidentales ». Cette extrême droite, fidèle à sa tradition, toujours prête à choisir la vassalisation contre l’indépendance nationale.

Or jamais depuis la seconde guerre mondiale l’alternative entre indépendance et vassalisation ne s’est présentée à nous de manière aussi tranchée.

La réaction indigne du 3 janvier est hélas conforme au réalignement atlantiste inauguré par Nicolas Sarkozy, poursuivi par François Hollande, aggravé par Emmanuel Macron.

En amont de son premier mandat, il a intrigué pour que la branche « Énergie » d’Alstom soient vendue à General Electric. Sous sa présidence, il aura laissé des groupes étasuniens acheter pour plus de 130 milliards de dollars de fleurons français constituant autant de pans de notre indépendance, comme Technip, Latécoère, Opella, maison mère de Doliprane, HGH, Exxelia… et j’en passe des dizaines.

Au sommet de Paris sur l’intelligence artificielle en février dernier, il a promu une colonisation numérique de la France par les Gafam. Ces Gafam que vous venez de renoncer à taxer davantage suite à d’énièmes menaces étasuniennes.

Au niveau européen, entre deux dissertations théoriques sur l’autonomie stratégique européenne, Emmanuel Macron a validé toutes les capitulations de la commission face à Trump. Pour limiter les droits de douane, vous avez lâché sur tout le reste : promesse de 600 milliards d’euros d’investissements européens aux Etats-Unis, au moment où il faut relancer les investissements productifs en France ; promesse de 750 milliards d’euros d’achat de produits énergétiques états-uniens ; promesse d’achats de semi-conducteurs américains ; engagement à réduire les régulations écologiques, sanitaires et sécuritaires qui pourraient freiner l’arrivée des produits étasuniens sur le marché européen.

Auparavant, au sommet de l’OTAN, vous aviez accepté de consacrer un tribut de 5% du PIB aux dépenses d’armement. Tribut car ces dépenses vont gaver l’industrie étasunienne de l’armement. Ce qui est contraire à toute forme d’indépendance, les Etats-Unis pouvant empêcher l’emploi de ces armes si ils le souhaitent. Pour ces raisons, l’idée même d’un pilier européen de l’OTAN indépendant des Etats-Unis est une absurdité.

La France a les moyens de son indépendance et de la dissuasion en matière de défense. Nous redéposons donc ce jour une proposition de résolution invitant le Gouvernement à organiser le retrait de la France de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), en commençant par son commandement intégré.

L’énoncé de vos capitulations rappelle que les démonstrations de servitude volontaire ne changent rien aux objectifs et méthodes de Trump. Plus vous le flagornez, plus il exprime son mépris pour notre indépendance.

Au moment où il menace le Groenland, vous voici au pied du mur de vos renoncements. Évidemment, dans un tel contexte, nous soutiendrons toutes les mesures pouvant renforcer notre indépendance vis-à-vis de l’empire étasunien. Encore faut-il s’entendre sur ce qu’est l’indépendance.

L’indépendance c’est d’abord être déterminé à aller au bout de la riposte. Ayant été les premiers à demander il y a un an la mobilisation du mécanisme anti-coercition européen contre les Etats-Unis nous soutenons cette proposition. Mais Emmannuel Macron ira-t-il au bout, ou renoncera-t-il comme il l’a toujours fait quand il s’agit de dire non aux Etats-Unis ?

Évidement l’indépendance suppose de se redoter des moyens de la puissance, que vous avez affaiblie. Elle ne se réduit pas, contrairement à ce que vous croyez, à une accumulation de moyens militaire sans stratégie cohérente. La puissance, c’est aussi la souveraineté alimentaire ; c’est une industrie capable de fournir l’essentiel des besoins ; ce sont des services publics de qualité ; ce sont des citoyens bien formés ; c’est un peuple uni contre toutes les tentatives de division racistes justifiant aux yeux de certains le ralliement à l’extrême droite de Trump.

La puissance enfin c’est être capable de parler de sa propre voix dans le monde. Oui la France a intérêt au non-alignement, le contraire de l’isolement dans lequel nous enferme votre vision atlantiste et occidentaliste et son lot d’indignations sélectives.

Oui la France a intérêt à établir partout où cela est nécessaire des coalitions autour des principes du droit international, seule alternative à la guerre de tous contre tous.

Oui le rôle de la France le 3 janvier aurait d’être dans le front du refus regroupant l’Espagne, le Brésil, le Chili, la Colombie, le Mexique et l’Uruguay dénonçant dans une déclaration commune l’agression contre le Venezuela.

Oui, le rôle de la France était de saisir immédiatement le Conseil de sécurité de l’ONU.

Oui, il faut redonner à la France les moyens de jouer avec d’autres ce rôle redevenu fondamental pour l’humanité : défendre la paix. 

Face aux admirateurs de Trump et son monde, qui pensent que le recours à la force brute est l’avenir inéluctable, voire souhaitable, de l’ordre international, je conclurai en citant Léon Blum : « Certains d’entre vous penseront qu’en dressant vis-à-vis du monde actuel cette image du monde possible nous poussons l’idéalisme jusqu’à la chimère. Mais n’oubliez pas cependant qu’à cette chimère la vie universelle est suspendue ».